Mr. Turner (Film)

  Lumineux, riche, à couper le souffle. M. Turner de Mike Leigh n’est pas un film que j’oublierai de sitôt. Non pas pour un drame ou l’histoire en elle-même, mais pour l’attachement que j’ai développé envers le peintre et l’excellente photographie picturale.

   Tout d’abord, certains pourraient dire que le film est trop lent, trop long, trop je ne sais quoi, ils se mettent un doigt dans l’œil et c’est tant mieux, car ils ne savent pas en reconnaître la beauté. Ces deux heures et demie de la vie d’un homme difficile nous permettent de partager des moments d’intimité, de création et d’authenticité avec un artiste. Ce que j’aime de ce long-métrage c’est qu’il ne suit pas le schéma hollywoodien habituel avec des filles, de l’action et des automobiles. C’est bien plus, c’est la complexité de la vie de J. M. W. Turner qui de surcroît est un artiste en avance sur son temps. C’est un regard sur les classes sociales de l’Angleterre victorienne. Il y a bien sûr les figures habituelles des films soient Haydon qui est appelé à jouer l’idiot et John le petit nouveau qui tente incessamment d’obtenir un minimum de notoriété. C’est sans surprise qu’on découvre un William Turner qui fréquente la bourgeoisie et la noblesse qui, elle, ne semble utiliser l’art que pour décorer, parfois en discuter et rarement la comprendre. Le film suit ses propres règles et nous invite à suivre le parcours de Turner au rythme de l’histoire et n’en reste pas moins intéressant.

 De plus, ce peintre est un homme passionné, asocial et excentrique. Turner rime avec porc. En effet, à plusieurs reprises, il emprunte des manières porcines que ce soit des grimaces, des grognements, des tics ou des raclements de gorges profonds. Au début du long-métrage, on amène une tête de porc sur la table qui se fait alors raser pour ensuite voir le père de Turner lui faire la barbe. William Turner est un homme fort, il fait face à la perte de ses proches, à la maladie et l’effrayante modernité en se défoulant en silence sur des toiles. Malgré tout, on s’y attache, on l’affectionne avec ses manies et ses défauts énervants. Ce film donne tout son sens au dicton : « La beauté est intérieure». Sans être d’un physique parfait, loin de là, tous les personnages sont beaux. Que l’on prenne Turner dont l’art délicat contraste avec son personnage qui se laisse porter par ses pulsions ou la servante légèrement difforme recouverte de plaques rouges en exemple, ils n’en restent pas moins beaux à différents niveaux. Voir ce long-métrage c’est ce que j’imaginerais être la vie au travers des yeux de J. M. W. Turner. Chaque plan, chaque scène pourrait être un tableau. Les couleurs tantôt neutres tantôt éclatantes, mais toujours chaudes donnent une âme impressionniste au film qui est en lui-même une œuvre d’art. Nous avons eu la chance de voir des mises en scènes exceptionnellement belles. Elles se justifient probablement par le fait que J. M. W. Turner est aussi appelé « le peintre de la lumière». D’une manière ou d’une autre on ressent dans le film la chaleur et la luminosité que le peintre appliquait sur ses toiles. Les plans se déroulent selon l’ordre des journées commençant vibrants et devenant plus sombres, mais jamais gris.

   Sans jamais être trop, mais toujours assez Timothy Spall est crédible et bluffant. C’est définitivement un long-métrage à aller voir sur grands écrans. Émotions subtiles et frappantes, plans magnifiques, nation du passé, j’ai attendu toutes les représentations du ciné-club pour un film comme celui-ci.

 

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